Pourquoi voyager seule?


Il m’a fallut un trajet en taxi pour comprendre réellement comment les gens perçoivent les femmes qui voyagent seules.

Il y a deux ans, après un diner d’anniversaire dans le centre de Londres, j’ai partagé un taxi avec quelques amis pour rentrer chez moi. Quand le sujet de mon prochain voyage est venu sur la table, l’un d’eux m’a bien évidemment demandé avec qui je comptais partir. “Personne. J’y vais seule.” Ce fut ma seule réponse.

Mes amis sont restés sans voix, du moins le temps de reprendre leur souffle. A la stupéfaction – qui fut d’autant plus surprenante à mon sens que je n’en étais pas à mon coup d’essai – a succédé un court interrogatoire.

L’un d’eux m’a demandé si je ne m’étais jamais fais un seul ami au cours de mes trente années d’existence qui pourrait éventuellement m’accompagner. Un autre était persuadé que la seule raison pour laquelle je souhaitais partir seule était ma ‘situation capillaire’. “Il n’y a aucune honte a cela”, m’a-t-il dit. “Assume-la et laisse le jeune Michael Jackson qui sommeille en toi s’exprimer!”

Il est vrai que mes cheveux supportent plutôt mal l’humidité et les temperatures au-delà de 25 degrés. Des conditions météorologiques défavorables et ma masse capillaire devient vite indomptable se transformant en une version pas très stylée de la coupe adoptée par les Jackson 5 dans les années 80. C’est tout du moins ce que je me dis pour me rassurer; Beaucoup verraient davantage des similitudes avec le pelage d’un caniche.

Mais au-delà des blagues en tout genre, c’est davantage la remarque d’une amie qui fut pour le moins brutale et sans aucun doute, la plus difficile à avaler: “Et si tu te fais agresser? Tu es une femme, donc une proie facile. Tu es totalement inconsciente,” m’a-t-elle lancé.

Je suis restée silencieuse et me suis contentée de tourner la tête. Inutile de préciser que les 20 minutes de trajet en taxi furent longues.

Pour être tout à fait honnête, M. n’a probablement fait qu’exprimer une idée que beaucoup partagent. Cela m’a tout de même mise mal à l’aise. Tout d’abord parce que ce genre de commentaires implique que les femmes se mettent délibérément en danger en voyageant seules. Or, un voyage, quel qu’il soit, se prépare au préalable. Beaucoup de baroudeuses organisent minutieusement leur séjour avant leur depart afin de parer à tout imprévu et afin de partir en sécurité.

Ensuite – et ceci reste à mon sens encore plus dérangeant – parce que ces commentaires portent, de manière détournée du moins, un jugement envers la population locale et pourraient laisser penser que le Vietnam est un pays dangereux où les locaux ont un comportement plus que douteux vis-à-vis des femmes. Il n’en est rien.

Ceci dit, je dois avouer que j’appréhendais moi-même quelque peu ce voyage, tout comme j’avais appréhender les autres périples que j’avais effectués seule.

Encore aujourd’hui, une part d’appréhension subsiste avant chaque séjour à l’étranger. Elle reste néanmoins toujours mêlée à un désir profond de partir à la découverte de l’inconnu. C’est peut être justement cet inconnu qui reste source d’appréhension car pour s’ouvrir au monde extérieur, il faut d’abord sortir de sa zone de confort.

Pour faire court, voyager implique que l’on laisse de coté nos préjugés et que l’on fait table rase de nos petites habitudes du quotidien – notre style de vie, nos habitudes alimentaires, notre façon de parler, etc – pour apprendre de l’autre et s’enrichir au contact d’une nouvelle culture. Nos points de repère disparaissent et cela nous rend, indéniablement, plus vulnérable.

Reste à savoir pourquoi je prends plaisir à voyager en solo. Pour faire simple, l’idée de voyager seule me séduit car rien n’est jamais acquis d’avance. Lorsque l’on voyage en couple ou en groupe, on se dit, consciemment ou non, que l’on pourra toujours se reposer sur l’autre si l’on rencontre des difficultés sur place. Option qui n’est bien évidemment pas envisageable lorsque l’on est seul. La seule alternative consiste à aller à la rencontre des locaux et à leur poser les questions qui ne se trouvent dans aucun guide touristique.

Ceci étant dit, ce sont bien souvent les locaux eux-mêmes qui viennent à votre rencontre. Surpris par le fait qu’une jeune femme puisse voyager seule, ils engagent la conversation avec aisance, curieux d’en connaitre davantage sur vous et vos origines. Tout comme beaucoup de locaux sont toujours à même de prodiguer de précieux conseils afin que vous puissiez continuer au mieux votre périple.

De ces rencontres naissent des échanges extraordinaires – échanges qui constituent de précieux souvenirs une fois revenue à la maison.

Au cours de mes périples, j’ai ainsi eu la chance de boire des cafés avec des jeunes de Hanoi et de parler pendant des heures de la vie que mènent les gens de leur âge dans un pays en pleine transition. J’ai également été invitée a dîner chez des habitants que j’avais rencontrés le matin même ou la veille à New York. J’ai pu parler politique avec des chauffeurs de taxi à Buenos Aires – probablement la meilleure source d’information dans un pays. C’est ainsi, encore une fois, que j’ai eu l’occasion de discuter des années noires de la dictature chilienne et des oeuvres de Pablo Neruda avec un homme de plus de 80 ans à Valparaiso au Chili ou que j’ai pu parler de mes voyages au cours d’un dîner et goûter un excellent sake vieux de plus de 150 ans avec le propriétaire d’un restaurant perdu quelque part dans la proche banlieue de Kyoto au Japon.

En repensant à cette conversation dans le taxi, je comprends la réaction de mes amis. Après tout, ces voyages en solo peuvent souvent être complexes, ne serait-ce qu’en terme d’organisation et en raison de sa propre exposition à l’autre. Avec le recul, je me rends donc compte que la remarque de M. n’était que le reflet de ses propres angoisses. Elle-même inquiète à l’idée de se retrouver seule en terre inconnue, elle éprouvait quelques difficultés à comprendre comment je parvenais moi, à passer outre ces inquiétudes.

Il est vrai, comme je l’ai dit plus haut, qu’il subsiste toujours une part d’appréhension avant chaque départ. Au final, la seule façon pour moi de la réfréner est de songer à coté de quoi je passerais si je ne me lançais pas.

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Categories: Envie d'ailleurs

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