Inde: Au contact des enfants des rues


Ce post fait parti de la série sur le nord de l’Inde que j’ai eu l’occasion de découvrir récemment

La dernière étape de ce périple consiste à aller à l’orphelinat où Siba et ses deux amis ont été recueillis alors qu’il n’avaient pas encore 14 ans. Sur demande de notre part, ils acceptent que nous les accompagnions.

L’orphelinat se trouve à quelques centaines de mètres de là, le long d’une voix à grande vitesse. Lorsque nous pénétrons dans les lieux, notre attention se porte immédiatement sur les photos postées au mur.

Sur l’une d’elle, le premier ministre Indien remet un prix à la fondatrice des lieux qui, il y a presque 30 ans de cela, a décidé de venir en aide aux enfants les plus démunis de Delhi. Sur une autre, c’est Michelle Obama en personne, qui félicite chaleureusement la fondatrice lors d’une cérémonie à Washington.

Siba nous propose de le suivre.

Nous nous engouffrons dans les couloirs de l’orphelinat. Un groupe d’enfants passe en courant. Ils échangent quelques plaisanteries et éclatent de rire. Un éducateur sort d’une salle de classe pour faire régner le silence. Ils ralentissent leur course et se taisent.

Quelques mètres plus loin, d’autres enfants sont assis autour d’une table et revisent leur cours. Passage obligé pour un avenir meilleur, nous dit Siba.

Siba est fier de nous montrer l’endroit qui l’a aidé à s’en sortir.

Il nous explique qu’il n’y vit plus à présent. A l’âge de la majorité – 18 ans en Inde – les jeunes doivent voler de leurs propres ailes. L’orphelinat, faute de moyens, ne peut s’en occuper plus longtemps.

Siba, lui, parvient désormais à s’assumer. Mais tous n’ont pas eu la même chance à leur sortie et certains se sont de nouveau laissés happés par les méandres de la rue.

Nous faisons un rapide tour du propriétaire. Dortoirs, salles de classe, cuisine, cantine, etc. Le bâtiment n’est pas de première fraîcheur mais le nécessaire est là pour assurer à ces enfants un minimum de confort.

D’ailleurs au cours de notre visite, nous nous apercevons que le profil des enfants est varié. Certains ont été abandonnés à la naissance et amenés directement à l’orphelinat, alors que d’autres, souffrant parfois de lourds handicaps physiques et mentaux, ont été délaissés plus tard par des parents qui ne pouvaient plus assumer leur éducation.

D’autres encore, à l’instar de Siba, ont tenté de s’extirper de l’emprise de parents violents et abusifs et ont trouvé refuge dans la rue. Approchés par des éducateurs du centre, ces jeunes ont alors eu la possibilité de rejoindre l’orphelinat. Mais beaucoup, malheureusement, ont préféré rester dans la rue, nous dit Siba, et certains n’ont pas survécu. La prise de drogues en tout genre, y compris et surtout la colle, ont eu raison d’eux.

Siba nous apprend qu’il a lui-même commencé à snifer de la colle à l’âge de 11 ans et a continué pendant plusieurs années avant qu’il ne soit recueilli par le centre. La prise de stupéfiants était le seul exutoire à l’époque pour oublier son propre vécu et affronter la difficulté de la vie, nous dit-il.

Mais il nous assure que tout ça est loin de lui. Il a des projets, à présent. Son souhait est de travailler dans le cinéma. Il a d’ailleurs pu obtenir une bourse de l’Etat pour étudier la réalisation et la production de films. Son premier travail? Un court-métrage sur les enfants des rues.

Nous sourions. Qui mieux que lui pourrait parler de ce sujet?

Quant à ses parents, Siba n’a plus de contacts avec eux. Il ne leur souhaite qu’une chose, nous dit-il: qu’ils soient heureux. Lui, ne souhaite penser qu’à l’avenir. “Le reste n’a pas d’importance,” poursuit-il. “Je pourrais vivre le restant de mes jours dans la rancoeur mais cela ne me fera pas avancer. Le mieux est de pardonner.”

Il est temps de dire aurevoir à nos trois hôtes. Entre les dernières questions, les photos et les remerciements, les adieux durent plus d’une demi-heure.

Nous repartons de l’orphelinat dans le silence. Sur le trajet du retour, je repense à notre rencontre.

Je ne sais pas si Siba parviendra à réaliser son projet. Je lui souhaite en tout cas. Nul ne serait douter de sa détermination.

En attendant, nous regagnons l’hôtel. Sur le chemin, nous aurons l’occasion de croiser des dizaines d’enfants, tous vivant dans des conditions que peu qualifieraient d’humaines.

 

L’organisme pour lequel travaillent Siba et ses amis s’appelle le Salaam Baalak Trust. Il s’agit du centre qui les a recueilli il y a quelques années de cela. Le Salaam Baalak Trust a été fondé par Ms. Praveen Nair en 1988 et vient actuellement en aide à 8500 enfants tous les ans. Le trust fournit un logement, des soins ainsi qu’une éducation aux enfants les plus démunis.

Vous pouvez booker les visites guidées directement sur leur site (en Anglais seulement): http://www.salaambaalaktrust.com/city-walks.html. Comptez environ $25 pour trois heures, en sachant que notre visite a duré plus longtemps. 

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